Djidjelli & Alentours : 1927 à 1937


       Une page d'histoire !      1928 : Le cyclone        
Réseau routier et.... Diaporama de distractions en famille       Alimentation en eau       
Baignades dangereuses et.... Album de photos          
  1. Région de TAHER en 1927

                C’est une plaine de quelques kilomètres de largeur, comprise entre les dunes littorales & le massif montagneux dont les sommets culminent à 1000 m. à 15 km de la mer. Elle est traversée par l’oued Nil, torrent impétueux qui s’assagit entre son cône de déjection & les dunes littorales en déposant ses alluvions fertiles. L’oued longe ensuite les dunes vers l’Est sur plus d’un kilomètre avant d’atteindre la mer. Les terres avoisinantes sont inondées & les routes submergées fréquemment car la pluviométrie est importante (+ de 1,50m par an).

    juin 1985 : Oued Nil semble peu agressif

                Les marais de Taher, le rdir m’Sbah & le lac des béni Hamza & des petits marais entretiennent le paludisme pernicieux
    La région est peuplée de cultivateurs originaires en majorité d’Alsace (exode de 1870), d’Ardèche & de Savoie (pays pauvres); Les villages de Taher(240 européens), Chekfa(122 eu.), Strasbourg( 47 eu.), Duquesnes(44 eu.), Texenna( 29 eu.) ressemblent aux petits villages de France avec leurs maisons groupées autour du clocher & de la petite mairie.
                A Taher la mairie, c’est la commune mixte dirigée par l’administrateur aidé de 7 caïds. Elle comprend environ 30 000 indigènes groupés en 7 douars. Il y a un hôpital auxiliaire et un médecin de colonisation, une justice de paix, une recette des contributions, une poste, une école primaire & une prison rudimentaire.

    1985 - La Justice de paix est encore là.

                Les cultivateurs européens possèdent en moyenne une trentaine d’hectares & cultivent la vigne, les céréales de printemps, maïs, sorgho, millet, des fruits & légumes, des pastèques, de la verveine.
    Un Corse nommé FERROVECHIO ( que les indigènes appellent Farfico ) collecte les herbes médicinales & les expédie en France: Menthe, eucalyptus, verveine…. . Un entrepreneur distille la menthe naine pour Riclés.
                Les indigènes Kabyles & Arabes sont peu nombreux dans la plaine. Ils habitent des méchtats sur les hauteurs des montagnes couvertes de forêts de chênes lièges. Ils produisent des fruits, des pommes de terre & travaillent en forêt: démasclage du liège, charbon de bois, pistes forestières. La culture des pommes de terre à été introduite par un administrateur & un caïd de la même manière qu’en France au temps de Louis XIV. Antérieurement les indigènes mangeaient des racines de Kariouas qu’ils faisaient tremper dans l’eau pour diminuer en diminuer l’amertume.
                Ils élèvent des vaches & des chèvres & alimentent les marchés de Chekfa & de Beni Habibi au bord de l’oued Kebir.


  2. Le cyclone de Djidjelli : Août 1928

                C’est l’été. Depuis 2 jours la température monte, 35°C puis 40°C Le temps est lourd, étouffant, orageux & le ciel passe au bleu de plus en plus délavé puis blanchit. La nuit tombe & notre espoir d’un peu de fraîcheur disparaît. Il fait toujours aussi chaud & lourd. Nous essayons de dormir-impossible- Nos petits enfants (2ans & 11mois) sont agités. Nous prenons un bain puis nous somnolons vaguement. Vers le matin les enfants surtout sont fatigués & de plus en plus énervés.
    Il est 5heures; nous entendons un grondement lointain impressionnant.
    Préssentant un danger nous fermons toutes les fenêtres & les portes & presque aussitôt la clarté du lever du jour disparaît & un vent violent souffle en tempête ; pendant un quart d’heure un concert de sifflements & de craquements puis la pluie & la grèle se déchaînent. La fraîcheur revient enfin. Nous sommes soulagés & nos enfants aussi, ils dorment sur le carrelage d’un sommeil si profond que nous les couvrons seulement d’un drap. Nous ouvrons la fenêtre. Un arbre du jardin a été déraciné, des branches cassées partout. Les maisons du village n’ont pas trop souffert. Mais sur les routes des arbres & des branchages empêchent toute circulation jusqu’à El Milia. Les poteaux télégraphiques & les fils sont abattus.
                A Djidjelli où le cyclone a été le plus fort les dégats sont importants. La toiture du cinéma a été soulevée & déposée presque intacte sur le restaurant d’en face. Des meubles soulevés,en même temps, sont retrouvés sur le plafond. Des tôles ondulées sont plaquées sur les troncs des platanes qu’elles enroulent. En raison de l’heure matinale il n’y a pas de victimes graves. Sauf en mer où un ponton mature remorqué entre Bougie & Djidjelli a disparu corps & biens: 9disparus.
    Un arabe, gardien des cabines de la plage raconte: « Je me suis cramponné à un arbre, les cabanes sont parties, reviennent, tournent & tombent en morceaux . » Prés de Mzaïr les grêlons gros comme des noix ont traversé les pastèques de part en part. Des passants, surpris, se sont heureusement réfugiés sous des camions arrêtés. Il a fallu 2 jours pour assurer le passage des petites voitures sur les routes principales & rétablir les communications télégraphiques & j’ai pu rassurer mon frère en réponse à son télégramme de France.

    Désastre dans le port de Djidjelli


  3. Travaux routiers : 1927-1937

  4.            En 1927 le réseau routier de la région comporte 180km environ de chaussées encaillassées ou pistes en tout venant d’oued. En 1937 toutes les chaussées encaillassées sont remises en état et revêtues : 2 couches de goudron bitume ou émulsion, la visibilité & le tracé amélioré. Une pépinière aménagée au bord de l’oued Nil a produit des platanes, triacanthas, robiniers, frènes, peupliers, eucalyptus, & de nombreux arbres bordent les routes de la région & même celles de nos collègues voisins.
    3km de routes sont ouvertes aux Ouled Kiroun & à Chahna - 1km de piste en forêt au col de Sbet (le tout à 900m d’altitude). Pour les Ouled Kiroun les habitants essayent de faire chanter l’entreprise qui ne peut démarrer de ce fait. L’ entrepreneur se décide enfin à employer des Chaouias des Aurés ce qui rétablit le calme dans la région. On explique aux habitants mécontents qu’ils trouvent normal d’aller travailler ailleurs ou en France & qu’ils doivent accepter la différence. Pour la piste forestière du col de Sbet, au moment du front populaire en 1936, les habitants se disputent les outils pour faire, soi disant, la grève sur le tas, le poing levé. Avec le Caïd un tour de rôle d’embauche est établi & les terrassements avancent rapidement avec la bonne volonté de tous.

               Juillet 2008... Pierre Lacroix nous a adressé une collection de photos qui donnent une idée des distractions familiales de cette époque dont nos contemporains n'ont pas franchement de références. Pierre nous dit : "Mes parents parlaient des Staletti... et des Gugelman" (pour ceux-ci, je crois qu'il s'agissait de forestiers dont les filles sont sur les photos de Taher.) Les reconnaitrez-vous ?
    J'ai cherché en vain sur les cartes d'état major, la piste forestière... En route pour "El Ma Berd" - Avez-vous une idée ? Oui, ils en ont eu !
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  5. Alimentation en eau des villages kabyles

  6.             Les villages kabyles, bâtis sur les heuteurs, sont mal alimentés en eau. Les habitants sont obligés de s'approvisionner aux ravins ou aux points d'eau les plus proches, souvent pollués par les bêtes & même par les habitants. les femmes transportent l'eau dans les cruches, sous la surveillance des vieux du village. Des disputes éclatent souvent avec les paysans du lieu qui ont tendance à s'attribuer la propriété ou la jouissance du lieu.
                Pour remédier à cette situation pénible, l'Administrateur, aidé du Caïd et de l'Amin (Chef de mechta), enquête, et dresse la liste des villages les plus déshérités à alimenter en eau en priorité chaque année. Notre service recherche les moyens, dresse les plans, fournit tous les matériaux, & la main d'oeuvre qualifiée : maçons, chefs d'équipe, surveillant. Les populations fournissent les manoeuvres pour les terrassements nécessaires & les mulets pour les transports de la route au village. Un réservoir est construit, attenant à un abreuvoir pour les bêtes. Ces ouvrages sont remis aux populations qui doivent en assurer l'entretien.
                Au marché des Beni Habibi, dans la plaine de l'oued Kebir, il y a une mare infecte, piétinée par le bêtes. Un puits est creusé dans une terre noire malodorante. A 4m de profondeur, il y a des vestiges romains : briques et chevilles, bols très fins, d'un bleu ravissant, presqu'intacts. Après un bon nettoyage, le puits est maçonné, et couvert d'une petite salle en dur, contenant une pompe à bras, manoeuvrée de l'extérieur à l'aide d'un volant.


    1988 - Ernest Granger amène son petit fils Charles à Collo en prenant la route d'El Milia, et lui racontant comment en 1934, alors âgé de 14 ans il était parti en vélo à la fête. Il faisait très chaud et il veut lui montrer où il se désaltérait en chemin, prévoyant à l'avance, les tournants où étaient aménagées les fontaines.. Làs elles ne coulent plus, on voit, descendant de la hauteur, des tuyaux de plastiques venus la capter. S.Granger

  7. 1927 — La baignade —


  8. Carte IGN El Milia N°29-Mzaïr entre D de Douar et N°12

                Voici l'été. C'est la saison des bains de mer. Des petites huttes en branchage sont construites sur la plage de MZAÏR près de l'embouchure de l'oued Nil, et tous les fonctionnaires se réunissent pour se baigner. Ils ont pris l'habitude de s'avancer dans l'eau en se tenant tous par la main car il y a des trous, et certains ne savent pas nager. Ils se soutiennent mutuellement en riant et s'amusant.
                Ce jour d'août, invité et mis au courant de leur jeu, je les mets en garde gentiment contre le danger de ces pratiques. je m'éloigne seul vers le large pour nager, et je prends pied sur un banc de sable. Quand je me retourne, je vois les gens courir sur la plage et des arabes venir du café maure proche. Je nage le plus vite possible vers la plage.
                Soudain je vois un corps entre deux eaux. Je m'approche prudemment et je le saisis par derrière prêt à me défendre (en cas de réaction brutale). je le soulève et le tire vers le bord en nageant. Quand je prends pied, je vois deux corps enlacés. Les arabes viennent vers moi, attachés à une corde, pour m'aider à les tirer sur le sable. Ils les séparent et les dressent les pieds en l'air, pour les faire rendre l'eau. Enfin, après quelques efforts, la vie revient lentement.
                C'est le kodja de la justice, M. LARFAOUI, et Melle SAÏD, fille du Commandant SAÏD. Les arabes attachés à la corde ont déjà sauvé 2 autres baigneurs qui se noyaient. Sur les 8 baigneurs, les 4 qui savaient un peu nager ont réussi à se tirer seuls de ce mauvais pas.
                Je suis récompensé par une médaille d'honneur du courage et du dévouement.



    Ils reçurent la médaille de bronze pour actes de courage

    02/02/1928


    Peu de personnes pouvaient photographier à cette époque ! Ces photos sont donc un témoignage exceptionnel des bains de mer :
    M'Zaïr vers 1925-30

    Avril 2009 : Djamal BARAMA fait passer le message suivant à Pierre : Dans votre Album de famille relatif à des Photos qui auraient été prises à El MZAIR , je me permet de rectifier l’erreur concernant au moins deux photos. Ces deux photos n’ont pas été prises à El MZAIR (que je connais bien ) mais à EL DJENAH et plus exactement au niveau de la grotte ( plus connue sous le nom de GHAR) située entre le rocher aux moules et l’embouchure du Rhumel(Oued El Kebir). J’ai pris la photo de l’endroit ces jours ci en essayant de respecter l’angle de prise de vue des votres ; et vous remarquerez que même 80 ans après l’endroit est resté à l’identique. A cet endroit l’entrepreneur Comolli de Djidjelli avait des sablières et prélevait également du gravier. Il existait un chemin qui arrivait jusqu’à la sablière accessible egalement en voiture.
    Amicalemnt - Djamal


    El Djenah

    2009

     



    Quelqu'un d'entre vous allait-il se baigner sur cette plage ? Quoiqu'il en soit, au Rocher aux moules, à l'embouchure du Ndjen-Ndjen, les risques étaient les mêmes, et nos parents devaient nous mettre sans cesse en garde.. A telle enseigne qu'arrivant en 1988, sur la plage des Emeraudes avec mon fils prêt à s'élancer vers l'eau, et alors que je ne m'étais plus baignée là depuis 1955, un cri est sorti du plus profond de ma mémoire "Attention Charles ici il y a des trous d'eau.."
    Comme je racontais ceci à Pierre, il m'a écrit les quelques mots suivants : 20 février 1961 - Pilote hélicoptère léger de l'Armée de l'Air -EH23 de la Réghaïa je suis en détachement chez les paras à Djidjelli. Au décollage pour une opération, un incident mécanique me fait percuter l'eau à plus de 140km/h & couler. Je m'en sors (peut être que ma grande soeur enterrée là, tout près, que je n'ai pas connue, m'a tendu la main !!!! ).
    L'appareil, une Alouette II n°28 a été récupérée par 20m de fond dans une eau glaciale.


    Taher 1964 : le cimetière.. rien à voir avec son état en 85-88 !

    Taher 1964 : la tombe d'Arlette


    En 1937 nous quittons Taher pour Tizi-Ouzou avec nos 3 enfants. Nous laissons une fille (Arlette) décédée à 5 ans (1931) & enterrée au petit cimetière de Taher.
    Fernand Charles LACROIX Ingénieur TPE (Travaux Publics Equipement) à TAHER 1927-1937 - Né en 1900 à Constantine.
    2011 : le cimetière de Taher a été entièrement vidé et déposé dans l'ossuaire du cimetière de Jijel(Djidjelli)


Pour contacter Pierre Lacroix :
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