Djidjelli : Les bombardements de 1942-1943...[Déc.2005]


       Une page d'histoire !      Photo 1     Photo 2     Photo 3     Photo 4      Liste des victimes     L'hôpital            Souvenirs en 2008 : Luc, Georges

28 Février 1950, Le Gouverneur Général de l'Algérie, en place à l'époque, M. NAEGELEN, remet la Croix de guerre avec étoile d'argent à la ville de Djidjelli... Près de soixante ans plus tard, se souvient-on que cette ville d'Algérie est celle qui, après Bône (Annaba) a le plus souffert des bombardements ?

—Les photos que vous regarderez ci-dessous montrent essentiellement les résultats du bombardement du 12 novembre 1942. Nous les devons à Roger DENIER ; faisant partie à l'époque, des Chantiers de Jeunesse, il se souvient les avoir achetées à un photographe. Il pense que les soldats que l'on voit sur les photos sont des écossais ; effectivement en 1943 la 57è division écossaise a été hébergée à Djidjelli. Nous le remercions vivement. (Roger est le cousin de Paul ISEL à l'origine de la création de cette page).—

1 — Récits de l'époque. —

Nous sommes en 1942 - Les bombardements, on en connaissait le risque, mais on était peu défendus...
Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent à Oran, à Alger.. Les aviateurs viennent aussi très vite atterrir sur les aérodromes du Constantinois.
Tout de suite, et avant que la défense aérienne ne se mette en place, les allemends ripostent et partent de Tunisie ou de Lybie bombarder Alger. Le jeudi 12 novembre à 10h30, la population de Djidjelli vaque à ses occupations habituelles.. Deux bombes tombent alors sur la ville au carrefour entre la rue de Picardie et la rue Ducros ; tombant dans un quartier commerçant, à une heure avancée de la matinée, elles feront de nombreuses victimes ; des femmes qui se trouvaient chez la coiffeuse MELLE, le tailleur CHIRIAZZULLI, et le photographe ROMÉI, se trouveront ainsi touchés. En fait une seule bombe est responsable du carnage, celle qui tombe sur la maison BARBIER, cliquez pour avoir, Les Victimes , la deuxième bombe tombe devant le cabinet du Docteur CHABRIAT, à quelques mètres de la "Maison MORINAUD", et presqu'aux pieds d'Emile Morinaud lui-même, mais elle n'explose pas.. Cette bombe plus tard désamorcée, sera longtemps exposée à la Mairie de Djidjelli.

Nous sommes obligés de nous fier aux souvenirs des contemporains.. En effet, tous les "ponts" ont été coupés entre la France et l'Algérie... Aucun journal contemporain n'existe actuellement dans le département de Constantine ni à la Bibliothèque Nationale, c'est du moins ce que j'avais constaté en y allant, et ce qui ressort d'une thèse de doctorat soutenue sur la Presse dans le Constantinois (avant 1985).... A moins que... A Jijel même des traces existent d'enquêtes de l'époque..
Pour le moment nous nous contenterons des témoignages recueillis en 1986... Et nous attendons les votres.


La Rue DUCLOS (à l'angle de la Rue Picardie)

Paul nous dit :
"Cette première vue de Djidjelli, montre la Rue DUCLOS, où habitaient les familles : ROMÉI( studio photo )CHERAVOLA Charles, BLOCH parents de Charlie, JC..... ; Marthe Mode, LAFFOND, JAQUOMINO, PILLIA, Docteur LORENZO, Salon de coiffure MELLE, BOUHADJA, les OLIVIERO ,BAILLON (marchand de lait), LAURO ( P.J) etc.. (plan reconstitué de mémoire par JC. BLOCH)" Corrigez s'il y a lieu.


12/11/1942 : La Maison BARBIER : angle de la Rue Duclos et de la Rue de Picardie.


  Entre le 8 novembre et le 11 novembre 1942, des avions anglais viennent se baser à Djidjelli, sur le terrain de l'aéro-club. Ils sont 25 spit-fires, lorsque le 12 novembre au matin, 3 avions allemands se pointent dans le ciel, tout de suite pris en chasse par 3 avions anglais ; les allemands décident de fuir, et pour s'alléger larguent leurs bombes ; deux d'entre eux réussissent à s'enfuir vers la mer, le troisième, qui a déjà largué deux bombes dans la mer, ne peut en faire autant, et essaye de se sauver vers la terre, c'est alors qu'il largue ses deux bombes meurtrières. Ce jour là, c'est parcequ'il est allé admirer les spit-fires sur le terrain d'aviation, que Mr CHIRIAZZULLI a sauvé sa vie..
   Mais le chasseur allemand ne put se débarasser de son poursuivant, il passa en rase-mottes au-dessus de Strasbourg, mitraillant au sol tout ce qui paraissait bouger, et donnant l'impression aux occupants de l'école qu'il allait s'y écraser. Raymond Saramite, alors directeur, et occupant l'appartement, imaginait avec horreur ce que cela aurait donné si.. "nous n'avions pas été un jeudi jour de congé scolaire..."
  ...L'avion prend alors la direction des Beni-Siar .. Ernest Granger qui chasse ce jour là dans la montagne de Béni-Siar.. (lui aussi est en congé scolaire), assiste à la poursuite.. et à la phase finale, l'avion s'écrase..!
  Dans l'état-civil de la Commune Mixte de Taher, on apprend que je jour là, à 19h le Docteur LEHTIHET est allé constater le décès de Heinrisch KILSCH 30 ans, adjudant-chef aviateur, allemand.


Même angle de la rue Ducros rue de Picardie



Le studio photos ROMÉI (vue de l'intérieur)


  Voici la liste des Victimes telle que nous les avons relevées sur le microfilm de l'état civil de Djidjelli détenu par la France.. Je vous rappelle que, en 1974 au cours du 2èmemicrofilmage, les autorités algériennes ont exigé que tous les noms arabes soient masqués.. Je ne crois pas que la bombe allemande ait fait de choix en tuant... Aussi, j'appelle mes amis algériens à réparer mes manques et à me fournir le complément des "Victimes d'un bombardement aérien" tel que c'était noté après le 12 août.

BERINGUIER Marie Veuve Gabriel POURAUD 71A °Gaujac-30 - + 12/11 à 14h (Grand Mère de Mme Eyrignoux)
XERRI Madeleine, épouse RAMON Georges 40A °Djidjelli, fille de Jean Antoine et + Montebello Thérèse — + 12/11 à 14h
MELLE Henriette, 29A, coiffeuse, célibataire, °Philippeville, fille de + Albert & Simonetti Catherine - + 12/11 à 15h
GENTILE Vincent Paul 26A °Djidjelli fils de +Angelo Carmeno & + Angéline Orcucci - Epoux de Georgette LANDINI
(Langi)- +12/11 à 10h30
EXPOSITO Pierre 20A °Philippeville Célibataire - +12/11 à 10h30
PELLICANO Angelo 23A Tailleur °Djidjelli fils de Rosario & Maria Scarlato, célibatairre - + 12/11 à 10h30
SCHWARTZ Laure Jeanne Valentine épouse COPPIER Jean Henri Joseph 34A °Maxeville 54 - +12/11 à 10h30 - Mention "Morte pour la France" N°113626 du 11/11/1950
GARROS Albert 19A °Djidjelli fils de Louis Charles et Santos Ponce - Célibataire - + 12/11 à 10h30
GATTONE Marcelle Marie épouse ALARY Joseph Blaise °Djidjelli, fille + Jean Baptiste André & Borg Carmen - + 16/11 à 8h
RIGAL Andrée 20A fille de Honoré Auguste Célestin et Marie Anne Catherine Estève - +12/11 à 10h30 -
Belle-soeur de M. CHIRIAZZULLI
BOURDIER Henri Jean 31A, °Puteaux, fils de Jean Baptiste et Marie Louise Chatelle, époux de Sorrentino Augustine - +12/11 à 10h30 - "Mort pour la France" Ordre N°103313 du 15/6/1949
PANDOLFI René Gaëtan Célestin 16 ans °Djidjelli fils de François et de +Berthe Marie Valentine Rigal - +12/11 à 10h30
PORCARA Armand Louis dit Mathurin 14A °Djidjelli fils de Francesco & de Génésia Usai - +12/11 à 10h30
ROMEI Elio célibataire, fils de Antoine et de Paniccucci. + 12/11 à 10h30

BENYAHIA Mahmoud fils de Omar 25 ans né à Djidjelli

Les renseignements sont ceux de leurs actes de décès...Il peut y avoir des erreurs dans les patronymes, je mets vos corrections entre parenthèses.
Pourquoi seulement 2 d'entre eux ont-ils la mention "Mort pour la France" ? Parce que la démarche de demande n'a pas été faite pour les autres...! Un exemple, à Nîmes, les 40 tués du bombardement de l'hôpital ont tous cette mention.


Dans les jours qui suivent, la bataille aérienne fait rage au-dessus de Djidjelli, et des alentours ; les avions allemands et italiens cherchent sans doute à détruire la base, mais les anglais sont efficaces. Un certain nombre d'avions allemands et italiens sont encore descendus et des prisonniers sont faits.. L'un d'eux est ramené à Taher.. il est allemand.. et porte un nom bien français..!
L'hôpital est aussi bombardé et sera évacué sur Texenna, malgré le froid, sous les tentes...

On est le 20/11/1942


Ce n'est qu'un peu plus tard que les autorités militaires se rendant compte que la piste de l'aéro-club est un peu courte pour les chasseurs, décident d'aménager une piste plus longue à El Achouet (entre Strasbourg et Taher) qui depuis est devenu le véritable aéroport de Jijel. En même temps, ils ont réalisé que
LA VIGIE, est un trop bon point de repère, et ils décident de la détruire.
Tous les habitants partent se réfugier vers les villages, car, port militaire, aérodrome militaire, la ville sera souvent la cible des bombardements et des attaques. Au mois de mai 1944, un torpilleur "Le Sénégalais" sera torpillé au large de Djidjelli, et 5 marins ont trouvé la mort dans ce combat.

En 1950, M. le Maire GRISONI, déclare "Au cours des 18 bombardements, notre commune a eu à déplorer la mort de 72 personnes dont 16 militaires."
Vous voyez qu'il nous en manque quelques uns..

Cette page a été construite sous l'impulsion de Paul Isel, mais les récits donnés ci-dessus, sont ceux de M.Pierre (+) & Mme PELLICANO, qui insistèrent pour que cette tranche d'histoire figure dans le 2ème tome de Djidjelli au coeur des Babors, de Mme Arlette BONDURAND (+), M. Raymond SARAMITE (+), Mireille (+) et Ernest GRANGER, qui m'ont tant aidée en 1985. Elle est donc aussi leur oeuvre, qu'ils en soient remerciés. S.Granger 25/12/2005


Les lignes qui suivent sont des souvenirs d'enfance qui peuvent comporter des erreurs... D'avance, excusez-nous, et éventuellement allez à la BN pour consulter la presse... Encore que... à cette période, il n'y a plus eu de dépôt officiel à Paris. SG

Juillet 2008 : Luc Durif nous écrit : "Quand j'ai découvert le site de Suzette, le débat sur les bombardements était fini. Ce mercredi de novenbre, en récréation de 10 h (école de Garçons Gadaigne), sous nos yeux est passé un avion de chasse allemand suivi de près par un avion de chasse anglais.
Le lendemain jeudi, pas classe : le petit voyou de Lulu s'en va au terrain d'aviation voir les avions. Il y avait 2 spitfires (et plein de monde). J'étais assis sur l'aile de l'un deux, quand le pilote appelé par radio me fait signe de dégager et me montrant du doigt le ciel me dit " Boches ! ". Il met le moteur en route et décolle !
A peine sur le retour on entend un sifflement et dans le ciel 2 points noirs qui grossissent : 2 bombes qui tombent en plein sur le cimetière musulman ! 2 gerbes de terre qui montent ! Arrivé en ville une poussière incroyable ! A l'angle de la rue Duclos, un amas de décombres : des hommes avec des lessiveuses enlèvent pierre par pierre pour découvir à qui ce bras à qui cette jambe.
Je rentre au magasin par derrière, retrouve la famille. Madame Guigon était descendue pour plus de sureté, elle avait la nausée..... because elle allait avoir la petite Colette......"

Les américains sont passés à Djidjelli ; ils ne sont pas restés lontemps, il y en avait partout aux alentours. (aux colons lyonnais ma cousine Christiane Jacquet s'en souvient très bien : il y avait 3 ou 4 batteries antiaériennes) A tour de rôle en perm. ils se promenaient en ville, ils se pintaient, étaient pompette, certains ivres à ne plus tenir debout... La Military Police passait "deux solides gaillards" le chauffeur au volant d'un Dodge 6x6 : Les MP embarquaient tout ça... ceux qui n'arrivaient pas à monter étaient saisis et jetés dans le véhicule comme des sacs de patates ,pire ,si l'un résitait il se prenait un coup de matraque sur la tête.
De mon balcon je regardais la scène : "Sortie du café Perez" =incroyable ces amerloques= La nuit tombée il y avait les lampadaires mais cela ne finisait pas tard... =Car après c'était le tour des bombes le temps pour les bombadiers d'arriver de Sicile ,les Italiens larguaient d'en haut , les Allemands piquaient et partaient au ras de l'eau. Certains plus méchants ou plus courageux se permettaient de faire un tour de reconnaissance.
J'étais chez ma cousine :avec le clair de lune on voyait bien le bombardier passer au ras des collines, on entendait le bruit particulier des moteurs les DCA tiraient on voyait l'éclatement des obus prés de l"avion... =j'ai retrouvé cette ambiance au festival pyrotechnique de Cannes !!=
Enfin ils en ont dégommé un ,toute la nuit ce fut la fête....
En principe la sirène sonnait l'alerte et on allait aux abris mais il arrivait parfois que les bombes arrivaient avant ; notre abri était le sous sol du commissariat il y avait des chaises des bancs et des personnes âgées .. quand on entendait un sifflement ça baissait la tête (nous sales gosses on rigolait) aprés le BANG les têtes se relevaient..
Aprés il y a eu les Anglais la marine ils sont restés longtemps (pantalon patte d'éléphant, Bob sur la tête ) On allait les voir au port : deux bateaux à quai, un ou deux au milieu du port, et d'autres à l'extérieur.
Dans l'eau des nageurs "ils sont fous ces Anglais!" en plein mois de DECEMBRE.

Une nuit de mauvais temps, un bateau s'est retrouvé planté sur la plage devant la ferme Grisoni (le remorqueur de Mr Célisse servait à tirer les chalands pas les croiseurs ) va savoir qu'est-ce que je faisais encore Là à les regarder dégager le sable autour de la coque du bateau avec leurs puissantes lances à incendie il a fini par se dégager....
Un jour à 5 heures du matin en sortant de l'abri un nuage noir vers le port c'était un bateau touché en flammes ; par ses propres moyens, il est sorti du port, heureusement l'incendie a put être éteint, cela lui a évité d'aller s'échouer sur la plage.
Avec toute cette flotte, les bombardements, ça y allait! le Maire Mr Grisoni faisait évacuer la ville la nuit ; le front allemand ayant reculé les Anglais sont partis : les petits cireurs espiègles chantaient :
__ Après la guerre fini tout
les Anglais partis
Mademoiselles avec Pikinini
elles sont réstées ici___
1950 : Edmond Naegelen gouverneur général est venu à Djidjelli remettre à la ville la médaille de guerre avec palmes Grande fête. A l'entrée de l'avenue Vivonne vers la médersa, et aàl'entrée de l'avenue Gadaigne vers la gendarmerie, avec des balles de liège ils avaient fait 2 arcs de triomphe joints par un plafond de guirlandes en ampoules électriques.
Luc Durif

26/08/2008 : De Georges FAUCHEUX : Ce jeudi 12 Novembre 1942, avec Jeannot MATEU nous étions devant la porte de l'école des soeurs attendant 11 heures, l'heure du catéchisme ; entendant les bruits d'avions nous regardions le ciel quand nous avons vu 2 avions très près l'un de l'autre qui se suivaient. Du 1er, 2 trainées blanches.... Nous sommes vite entrés dans la cour et alors : un grand bruit et de la terre qui tombe dans la cour. C'était ces 2 bombes qui venaient de faire les premières victimes : 17 morts en tout ; je crois que DJIDJELLI a payée un lourd tribut par la suite, 64 morts : la ville la plus bombardée par rapport au nombre d'habitants.


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